- Les opérations frauduleuses sont de plus en plus conçues pour obtenir des taux de réussite plus élevés, causer des pertes financières plus importantes et mieux résister aux contrôles traditionnels.
- Les tentatives de fraude par deepfake ont presque doublé au Royaume-Uni, avec une hausse de 94 % en 2025, juste derrière la France (96 %).
- L’identité synthétique devrait être la menace de fraude par IA qui progressera le plus rapidement au cours des 12 prochains mois.
Plus tôt cette année, la Banca d’Italia a mis en garde le public contre de fausses images, vidéos et articles circulant en ligne et utilisant illégalement le nom et l’image du gouverneur de la banque centrale, Fabio Panetta. « Ces contenus le présentent — de manière totalement fabriquée — comme participant à des émissions de télévision connues ou à d’autres contextes médiatiques, parfois en lien avec la promotion de plateformes d’investissement. Ces contenus sont également créés à l’aide d’une technique d’intelligence artificielle appelée deepfake », a indiqué la banque centrale dans un communiqué publié en février. L’exemple italien illustre la rapidité avec laquelle l’IA générative a évolué vers l’IA agentique, alors que les banques centrales du monde entier mettent de plus en plus en garde les consommateurs contre une recrudescence des escroqueries financières reposant sur des deepfakes usurpant l’identité de responsables bancaires, de PDG d’entreprises connues ou de célébrités.
Autrefois, certains signes permettaient de repérer une fraude: grammaire maladroite, fautes d’orthographe et voix robotiques mais l’IA agentique les a fait disparaître. Selon une étude publiée en 2025 par Feedzai, 92 % des institutions financières affirment que les fraudeurs utilisent l’IA générative, tandis que 44 % ont constaté une augmentation des deepfakes créés à l’aide de l’IA agentique dans les escroqueries.
L’IA agentique n’a pas inventé de nouveaux délits ; elle a plutôt fait disparaître les signes révélateurs et les erreurs caractéristiques des anciennes méthodes. Lorsque SBS s’est penché sur la fraude bancaire numérique en 2024, cette évolution était déjà en cours. Deux ans plus tard, les faux sont devenus plus sophistiqués et moins coûteux à produire à grande échelle.
Nous examinons ici les quatre tendances de la fraude bancaire par IA qui alimentent les escroqueries financières.
Tendance 1 : les deepfakes visuels ciblent les clients et les employés des banques
Les deepfakes visuels touchent désormais les deux côtés de la relation bancaire : le client dont l’identité est usurpée et l’employé induit en erreur. Selon une étude de Regula publiée en 2024, 23 % des entreprises du secteur financier ont déclaré avoir perdu plus de 1 million de dollars américains en raison de fraudes générées par l’IA.
Un rapport de Sumsub, qui a analysé plus de 4 millions de tentatives de fraude en 2025, révèle que l’IA transforme la fraude à l’identité, les attaquants privilégiant désormais la précision au volume.
« L’étude montre que les fraudes sophistiquées — des attaques coordonnées en plusieurs étapes combinant plusieurs techniques avancées au sein d’une même tentative de vérification — ont augmenté de 180 % dans le monde en 2025 », indique Sumsub dans le rapport.
« Ce changement se traduit par une sophistication accrue des fraudes : les opérations frauduleuses sont de plus en plus conçues pour obtenir des taux de réussite plus élevés, causer des pertes financières plus importantes et mieux résister aux contrôles traditionnels. Les fraudeurs ont donc désormais besoin de beaucoup moins de tentatives pour mener à bien une attaque », ajoute le rapport.
L’étude de Sumsub révèle également que 72 % des pays de l’UE s’attendent à des attaques plus sophistiquées utilisant l’IA, notamment des deepfakes et des documents d’identité générés par l’IA. Les tentatives de fraude par deepfake ont presque doublé au Royaume-Uni, avec une hausse de 94 % en 2025, juste derrière la France (96 %), puis l’Espagne (84 %) et l’Allemagne (53 %).
Parallèlement, en 2025, une tentative frauduleuse de vérification sur cinq en Europe impliquait un document d’identité modifié ou falsifié, tandis que 87 % des Européens ne savent pas ce qu’est une mule financière ou n’en comprennent pas le fonctionnement, ce qui les rend plus vulnérables aux escroqueries visant à transférer des fonds obtenus illégalement, selon Sumsub.
Au Royaume-Uni, les pertes liées aux escroqueries à l’investissement ont atteint 97,7 millions de livres sterling au premier semestre 2025, soit une hausse de 55 % sur un an, et représentaient 35 % de l’ensemble des pertes liées aux virements autorisés à la suite d’une fraude (APP), selon un rapport de UK Finance. Celui-ci indique que la multiplication des vidéos deepfake a renforcé la crédibilité des escroqueries à l’investissement et, par conséquent, les risques qu’elles présentent.

Tendance 2 : IA agentique et identités synthétiques à l’entrée en relation bancaire
Selon un rapport de BNY publié en 2026, une identité synthétique peut être assemblée, et non volée, à partir d’un mélange d’informations réelles, détournées et inventées, puis utilisée pour ouvrir des comptes. Des données personnelles réelles, comme un numéro d’identification, peuvent être associées à une adresse et à un nom fictifs afin de créer une fausse personne, tandis que l’IA générative peut produire des documents d’apparence authentique, notamment des passeports et des permis de conduire, ajoute BNY.
La menace ne cesse de croître : 61 % des responsables de la fraude et des risques au sein des institutions financières estiment que la fraude à l’identité synthétique sera la forme de fraude qui connaîtra la plus forte croissance au cours des 12 prochains mois, indique BNY dans son rapport.
De son côté, Juniper Research prévoit une hausse de 153 % de la fraude alimentée par l’IA, qui passerait de 23 milliards de dollars en 2025 à 58,3 milliards de dollars en 2030, principalement sous l’effet de techniques telles que la fraude à l’identité synthétique.

Tendance 3 : l’avertissement de l’EBA face à l’essor des fausses identités
En juillet 2025, l’Autorité bancaire européenne (EBA) a publié un avis sur le blanchiment de capitaux (BC) et le financement du terrorisme (FT), avertissant que les criminels utilisent l’IA pour automatiser leurs stratagèmes, dissimuler l’origine des fonds et rendre les transactions à haut risque plus difficiles à détecter.
« L’expansion de la cybercriminalité et de la fraude, portée par une sophistication technologique croissante, continue de progresser plus rapidement que les capacités de défense du secteur », a déclaré l’EBA. « Les institutions financières rencontrent des difficultés pour détecter des attaques sophistiquées alimentées par l’IA, dont le volume et la vitesse ne cessent d’augmenter. »
L’EBA a ajouté que ce type de menace nécessite le recours à des technologies avancées et à une expertise spécialisée. Elle a également souligné la nécessité d’un déploiement responsable de l’IA, reposant sur une gouvernance solide, la formation des collaborateurs et des capacités de surveillance en temps réel.
Parallèlement, le rapport de Sumsub révèle que des outils comme ChatGPT et Gemini sont désormais à l’origine de 2 % des documents falsifiés traités dans le monde et devraient contribuer à une croissance à deux chiffres de ce type de fraude en 2026.
« L’automatisation rendra la manipulation et l’orchestration multicanales plus accessibles », avertit Sumsub. « Les identités synthétiques et les kits de fraude en tant que service permettront alors aux attaquants de déployer à grande échelle des attaques faisant intervenir plusieurs fausses identités coordonnées. »
Tendance 4 : clonage vocal et ingénierie sociale à l’ère de l’IA agentique
Toutes les fraudes numériques ne prennent pas la forme de vidéos deepfake, et d’autres types d’escroqueries émergent. Selon l’étude de Feedzai, les répondants ont classé les techniques auxquelles ils étaient le plus souvent confrontés : 60 % ont cité le clonage vocal, 59 % les SMS et le phishing générés par l’IA, et 56 % l’ingénierie sociale.
Feedzai souligne que les escroqueries actuelles ne comportent plus nécessairement de fautes de frappe ni de signaux d’alerte évidents. Elles sont désormais davantage susceptibles de présenter une grammaire parfaite, des voix clonées ou des vidéos de personnes qui n’ont jamais existé. Pour les banques, ajoute Feedzai, le centre de contact constitue le point faible : une voix clonée peut convaincre un agent de lui donner accès à un compte.
Comment les banques utilisent-elles l’IA agentique pour riposter ?
Si l’IA agentique est un outil de plus en plus utilisé par les criminels pour commettre des fraudes, les banques et les entreprises de services financiers combattent le feu par le feu en déployant des systèmes capables de planifier et d’agir de manière autonome afin de détecter la fraude.
Le Deloitte Center for Financial Services présente l’IA agentique comme un sérieux risque pour les banques, que les cadres de gestion des risques existants n’ont pas été conçus pour prendre en compte. Il indique toutefois qu’une institution financière sur trois consacre désormais une partie de son budget à l’IA agentique.
Cette tendance se retrouve dans une enquête PwC menée en 2025 auprès de dirigeants du secteur des services financiers, selon laquelle 30 % des répondants ont fait de l’IA agentique une priorité majeure d’investissement pour 2026.
« Ce qui frappe avec l’IA agentique dans le secteur bancaire, c’est son rythme de développement », indique PwC dans l’étude. « Ces systèmes ne se contentent pas de faire gagner quelques minutes sur une tâche : ils rationalisent radicalement les processus de bout en bout. KYC, surveillance des transactions, examen des cas de fraude, parcours dans les centres de contact : les agents peuvent désormais prendre en charge l’essentiel du travail dans tous ces domaines, avec une meilleure qualité et une cohérence bien supérieure à ce que l’automatisation traditionnelle permettait », ajoute PwC.
Autrement dit, l’IA transforme à la fois les stratégies offensives et défensives. Comme le souligne Sumsub, les fraudeurs disposent de deepfakes, d’identités synthétiques et d’agents de fraude autonomes, mais les banques et les entreprises financières ont accès à la surveillance comportementale, à la détection des anomalies, au filtrage des sanctions en quelques millisecondes et à des systèmes auto-apprenants. La vérification répétée de l’identité des clients doit toutefois constituer une priorité. Le partage de renseignements et la sensibilisation des clients aux nouveaux signes révélateurs associés à l’IA agentique sont essentiels.
FAQ : principales questions sur l’IA et les escroqueries financières
Jusqu’à 92 % des institutions financières indiquent que les fraudeurs utilisent désormais l’IA générative pour mener des escroqueries financières, tandis que 44 % ont constaté une augmentation des deepfakes reposant sur l’IA agentique. L’IA agentique a fait disparaître de nombreux signes révélateurs qui permettaient autrefois d’identifier une fraude et les a remplacés par des deepfakes visuels convaincants, des identités synthétiques, des documents générés par l’IA, du clonage vocal et de l’ingénierie sociale.