Une idée reçue qu’Emma Macleod entend souvent à propos du product management est qu’il s’agit essentiellement de gestion de projet, avec un rôle centré sur la rédaction des besoins. Mais pour Emma, le métier consiste avant tout à décider de ce qu’il faut construire et, surtout, pourquoi. La livraison est importante, mais elle ne représente qu’une partie du rôle.
Alors, concrètement, en quoi consiste le métier de Product Manager ? Dans cette interview, Emma nous emmène dans les coulisses de son quotidien, de ses responsabilités à l’impact croissant de l’IA sur son métier. Elle nous explique aussi ce qui la motive le plus : comprendre les véritables problématiques des clients et les transformer en solutions simples et intuitives. Et au-delà du product management, nous découvrons une facette plus personnelle d’Emma à travers un projet associatif qui lui tient particulièrement à cœur.
Tu as passé 12 ans dans les services financiers avant de rejoindre le monde du logiciel. Comment ce parcours t’a-t-il menée au product management ?
Mon parcours vers le product management est assez atypique. J’ai passé environ huit ou neuf ans comme conseillère financière, avant de me tourner vers la lutte contre le blanchiment d’argent et la conformité, puis de travailler à mon compte. À un moment donné, j’utilisais les portails de plus de 70 banques et sociétés de crédit immobilier au Royaume-Uni. J’ai donc pu me faire une assez bonne idée de ce qui fonctionne bien… et de ce qui fonctionne moins bien.
Il y a cinq ans, j’ai rejoint SBS en tant que Product Consultant et, il y a six mois, je suis devenue Product Manager pour SBS Digital Core. Ce qui me motive le plus, c’est de pouvoir contribuer à façonner le changement, plutôt que de simplement aider les autres à s’y adapter.
En quoi consiste concrètement ton rôle de Product Manager ?
Je suis Product Manager côté stratégie go-to-market. Mon rôle consiste donc à m’assurer que nos produits sont prêts pour le marché. Cela implique de comprendre les besoins des différents marchés, du Royaume-Uni à la France, en passant par la Belgique et les Pays-Bas, puis de les traduire en exigences produit.
Je travaille également sur les propositions commerciales et le pricing. Je réfléchis aussi beaucoup à la manière dont nous présentons nos produits et dont nous pouvons rendre des sujets complexes plus faciles à comprendre, que ce soit à travers des démos, des podcasts ou d’autres contenus. C’est donc un rôle très varié, mais l’objectif reste le même : s’assurer que ce que nous développons répond aux besoins du marché et que chacun en comprend la valeur.
Après avoir travaillé des deux côtés, comment ton expérience dans le secteur bancaire influence-t-elle aujourd’hui ta manière d’aborder les produits ?
Il est vraiment important pour moi de répondre au mieux aux besoins du client. Comme j’ai travaillé dans le secteur bancaire, je comprends à la fois le point de vue de la banque et celui du client final. Et je sais à quel point un logiciel mal conçu peut être frustrant. Cette expérience m’aide à intégrer le point de vue du client dans le product management. Plutôt que de simplement expliquer ce que nous devons développer, j’essaie de montrer pourquoi nous le développons et ce que cela va réellement apporter au client. Pour moi, un bon logiciel doit être intuitif. On ne devrait pas avoir besoin d’une formation pour comprendre comment l’utiliser.
Peux-tu nous donner un exemple de la manière dont tu as mis cette approche en pratique ?
Un exemple qui me vient immédiatement à l’esprit est un prototype que j’ai créé autour de la conception d’un produit de crédit immobilier. Au Royaume-Uni, les crédits immobiliers peuvent être extrêmement complexes, et je voulais montrer comment nous pouvions rendre le processus beaucoup plus simple. Plutôt que d’essayer d’expliquer l’idée dans une présentation PowerPoint de 20 pages, j’ai créé un prototype avec l’IA et je l’ai directement présenté à un client. Il a tout de suite pu voir comment cela fonctionnerait et nous faire part de ses retours. Pour moi, ça a été un véritable déclic. Pouvoir donner vie à une idée et la présenter aussi rapidement à un client rend la communication beaucoup plus simple.
Ce prototype est aussi un bon exemple de la manière dont tu utilises l’IA dans ton métier. Plus largement, comment l’IA change-t-elle ta façon de travailler en tant que Product Manager ?
L’IA permet vraiment d’aller plus vite, notamment pour la recherche et la collecte de données clients. Des tâches qui prenaient auparavant plusieurs heures peuvent aujourd’hui être réalisées en quelques minutes. Mais ce que j’aime particulièrement, c’est utiliser l’IA pour créer des prototypes. Plutôt que d’illustrer une idée dans PowerPoint, je peux rapidement créer quelque chose qui donne vie au concept et au parcours client. Cela permet de l’expliquer beaucoup plus facilement aux équipes d’ingénierie et, plus largement, aux autres équipes. Et en présentant directement le prototype à un client avant même que les équipes d’ingénierie ne commencent le développement, nous pouvons tester le concept très tôt, recueillir ses retours et nous appuyer dessus pour aller plus loin.
Qu’est-ce qui t’enthousiasme le plus dans le potentiel de l’IA pour la banque et les services financiers ?
C’est probablement l’IA agentique qui m’enthousiasme le plus. Nous sommes en train de passer d’une IA à laquelle on pose une question et qui nous donne une réponse à une IA capable d’agir pour nous. Et je pense que le potentiel est énorme. En parallèle, nous devons nous assurer de garder le contrôle, notamment lorsqu’il s’agit de donner à l’IA accès aux bonnes données, de la bonne manière. Pour moi, l’IA agentique est clairement un domaine à suivre de près.
Et comment l’IA est-elle déjà utilisée dans SBS Digital Core ?
Dans SBS Digital Core, nous intégrons l’assistant IA de SBS à notre nouvelle plateforme de données. Il peut aider à centraliser les données, créer des tableaux de bord et automatiser des rapports récurrents. Les équipes peuvent ainsi comprendre rapidement les performances des produits et identifier les domaines dans lesquels une action peut être nécessaire.
La vraie valeur réside dans notre capacité à transformer ces données en enseignements concrets et à réagir plus rapidement. Mais je pense que l’intervention humaine reste essentielle. L’IA peut fournir les informations, mais nous avons besoin des personnes pour les interpréter, les remettre en question et prendre les bonnes décisions.
Au-delà de l’IA, quel est selon toi le plus grand défi auquel les banques sont confrontées aujourd’hui ?
Sans hésiter, les systèmes legacy et la dette technique. De nombreuses banques établies s’appuient encore sur des infrastructures qui se sont accumulées au fil des décennies. Tout remplacer d’un seul coup peut être extrêmement coûteux et risqué. C’est pourquoi je pense qu’une approche plus progressive est plus pertinente. SBS Digital Core étant SaaS-ready et API-first, les banques peuvent moderniser progressivement différentes parties de leur infrastructure, plutôt que de tout transformer en une seule fois. En fin de compte, les banques doivent se moderniser, mais elles doivent aussi le faire correctement. Aujourd’hui, les clients ont davantage de choix, donc les conséquences d’une transformation mal menée peuvent être importantes.
Avec le recul sur ton parcours chez SBS, de quelle réalisation es-tu la plus fière jusqu’à présent ?
La migration de 90 000 comptes. C’était un projet de trois ans et un véritable travail d’équipe entre SBS et la banque. Nous avons beaucoup appris tout au long du projet, en testant, en documentant ce qui fonctionnait ou non, et en veillant à ce que ces enseignements puissent être réutilisés pour de futures migrations. Avoir mené ce projet jusqu’au bout est quelque chose dont je suis vraiment fière.
Que fais-tu lorsque tu ne travailles pas ?
Je n’ai pas vraiment le temps de déconnecter, j’ai trois enfants ! Donc quand je termine ce travail, j’en commence un autre, qui consiste en grande partie à faire le taxi pour les emmener d’un endroit à l’autre. Mais il y a aussi un projet qui me tient vraiment à cœur et que j’ai récemment lancé avec une amie. Nous collectons des fonds pour créer un espace sensoriel dans notre communauté pour les enfants autistes, afin de leur offrir un lieu où ils peuvent se réguler, retrouver leur calme et faire une pause. C’est un projet qui compte énormément pour moi.
Quelle est la leçon la plus importante que tu as apprise et que tu transmettrais à quelqu’un qui débute dans le product management ?
Écouter plus que parler. On ne peut pas rester dans une salle en pensant savoir ce que les gens veulent. Il faut parler à ses clients, comprendre leurs difficultés et écouter ce qu’ils vivent réellement. Les meilleures décisions produit viennent d’une véritable écoute, plutôt que de nos propres opinions projetées sur les clients. Pas besoin d’être celui qui parle le plus fort pour se faire entendre.