Ashutosh Singh est Head of Product Digital Loan Origination chez SBS. Originaire d’Inde, Ashutosh a commencé sa carrière comme développeur logiciel avant de faire un pari audacieux : partir en France pour poursuivre ses études. Guidé par une volonté constante de progresser et par un objectif simple (apprendre quelque chose de nouveau chaque jour) il a appris le français, réinventé sa carrière et est finalement passé du développement logiciel au Product Management.
Aujourd’hui, il pilote le développement des solutions de Digital Loan Origination de SBS, aidant les banques à transformer l’un de leurs processus les plus stratégiques grâce à l’automatisation et à l’intelligence artificielle. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, partage sa vision de l’avenir du crédit et les enseignements qu’il a tirés de son expérience.
En dehors du travail, vous le trouverez probablement en train de courir, de faire du vélo ou simplement d’explorer les rues de Paris. Et s’il y a une raison qu’il reconnaît volontiers l’avoir attiré en France au départ, c’est son goût pour les voyages et la découverte.
Tu as grandi en Inde et aujourd’hui tu es Head of Product dans une entreprise française de logiciels bancaires. Comment ce parcours s’est-il construit ?
J’ai grandi en Inde, où j’ai étudié l’ingénierie avant de débuter ma carrière comme développeur logiciel. Après trois ans, j’ai ressenti le besoin de relever un nouveau défi et j’ai décidé de poursuivre mes études et ma carrière en France. À l’époque, je ne parlais pas un mot de français et je m’appuyais énormément sur Google Traduction ! J’ai intégré l’ESSEC pour suivre un Master en management, avec l’idée initiale de me spécialiser en finance d’entreprise. Finalement, ma carrière a pris une autre direction et je suis devenu Product Manager. En 2020, j’ai rejoint October, une plateforme de financement pour les entreprises, où j’ai pu combiner le développement produit avec mon intérêt pour le secteur financier. Puis, en 2024, SBS a acquis October et j’ai rejoint l’aventure SBS.
Tu as expérimenté deux systèmes bancaires, en Inde puis en France. Quelle différence t’a le plus marqué?
Lorsque je suis arrivé en France, j’ai été surpris par l’écart entre les expériences bancaires des deux pays. Les paiements instantanés sont courants en Inde depuis plus de dix ans. Il était déjà possible d’envoyer de l’argent instantanément à l’aide d’un QR code ou d’un numéro de téléphone bien avant que cela ne se généralise ailleurs. Les banques indiennes proposaient déjà des parcours numériques fluides, tandis qu’en France certaines opérations pouvaient encore prendre plusieurs jours avant d’apparaître sur un compte. Cette évolution est largement liée à la question de l’inclusion financière. Pour de nombreuses personnes, notamment les petits commerçants et les vendeurs ambulants, le smartphone est devenu le moyen le plus simple d’accéder à des services financiers et d’effectuer ou de recevoir des paiements.
En 2024, SBS a acquis October, la fintech où tu travaillais. Comment le produit a-t-il évolué ?
October était une société spécialisée dans le financement des entreprises avec une promesse simple : fournir une décision de crédit en quelques jours, alors que les banques traditionnelles pouvaient prendre plusieurs semaines. Pour y parvenir, nous avons automatisé le processus de décision et adopté très tôt l’intelligence artificielle pour accompagner l’analyse du risque.
Cette acquisition a également été l’occasion de repenser le produit sous un nouvel angle. Nous sommes passés d’un modèle conçu pour un seul prêteur à une plateforme SaaS capable de répondre aux besoins de plusieurs banques, chacune avec ses propres processus et exigences. Le défi consistait à préserver la rapidité et la simplicité qui faisaient le succès de la solution tout en la rendant suffisamment flexible pour s’adapter à des institutions différentes. Nous sommes passés d’un outil développé pour une seule entreprise à une solution bancaire déployable à grande échelle.

Tu travailles actuellement sur un outil d’analyse du risque de crédit alimenté par l’IA. Concrètement, que fait-il ?
L’objectif est de fournir à l’analyste crédit une vision complète d’une entreprise (états financiers, données bancaires, pièces justificatives) synthétisée sous la forme d’une recommandation claire sur le niveau de risque, afin de faciliter la prise de décision. Aujourd’hui, cette analyse reste lente et largement manuelle. Une banque peut passer plusieurs jours à rassembler les informations nécessaires avant qu’une décision ne soit prise. L’intelligence artificielle permet d’accélérer ce processus, en aidant les établissements à prendre des décisions plus rapides et plus cohérentes, tout en apportant une réponse beaucoup plus vite aux clients.
Un autre défi réside dans le fait que chaque banque possède sa propre politique de risque. Les modèles d’IA peuvent intégrer des hypothèses difficiles à identifier et encore plus difficiles à expliquer. Nous avons donc conçu un système entièrement configurable : chaque établissement définit ses propres critères et leur pondération. C’est essentiel pour deux raisons : respecter la stratégie de la banque et lui permettre d’assumer pleinement ses décisions. Une banque ne peut pas accorder un crédit simplement parce que « le modèle l’a dit ». Elle doit être capable de justifier sa décision auprès d’un régulateur comme auprès d’un client. Cette exigence guide tout ce que nous développons.
Pourquoi le crédit est-il aujourd’hui un enjeu stratégique et un terrain majeur d’innovation pour les banques ?
L’octroi de crédit reste l’un des derniers processus bancaires encore largement manuels. Les clients transmettent souvent leurs documents puis attendent, sans réelle visibilité sur l’avancement du dossier, jusqu’à la décision finale. Pourtant, les attentes ont évolué. Les consommateurs sont habitués à des expériences digitales simples, rapides et transparentes, et ils attendent la même chose de leur banque. Dans le même temps, des acteurs comme Revolut ou Qonto poussent les banques traditionnelles à accélérer leur transformation.
Par ailleurs, l’instruction d’un dossier de crédit mobilise beaucoup de temps et de ressources. Or, tant que le financement n’est pas accordé et décaissé, la banque ne génère aucun revenu. L’enjeu consiste donc à automatiser et fluidifier un maximum d’étapes afin de réduire les coûts opérationnels, augmenter la capacité de traitement et offrir une expérience client beaucoup plus fluide. C’est précisément là que le Digital Loan Origination joue un rôle clé : rendre le crédit plus rapide, plus efficace et plus rentable.
Tu dis souvent que l’écoute est l’habitude qui a eu le plus d’impact sur ta carrière. Ce n’est pas une réponse évidente.
Ce n’était pas naturel pour moi au départ. Quand je suis arrivé en France, je ne parlais pas la langue et j’ai dû m’adapter à un environnement totalement nouveau. Cela m’a obligé à être plus attentif, plus patient et à écouter réellement les autres. Avec le temps, j’ai compris que l’écoute active est une véritable force. Elle permet de mieux comprendre les personnes, de prendre du recul et de réfléchir avant d’agir. Aujourd’hui encore, elle m’aide à prendre de meilleures décisions, à travailler efficacement avec des équipes diverses et à mieux répondre aux besoins des clients.
Y a-t-il un moment de ta carrière qui t’a particulièrement marqué ?
L’un des moments décisifs de ma carrière remonte à mes débuts chez October. À cette époque, je n’étais pas encore très à l’aise en français, mais je devais présenter la vision produit et les priorités des six mois à venir devant une large audience réunissant les équipes d’ingénierie, les équipes commerciales et la direction. Pendant ma présentation, je percevais l’intérêt du public à travers ses réactions et la qualité des questions posées. Plus important encore, il devenait évident que les équipes comprenaient la direction proposée et y adhéraient. Les retours positifs du CEO ont été la confirmation finale.
C’est à ce moment-là que j’ai gagné en confiance. J’ai réalisé que ma vision avait de la valeur, que j’étais capable d’aligner des parties prenantes très différentes et de porter une stratégie produit malgré une expérience encore limitée. Ce jour-là, j’ai compris que j’avais toute ma place dans cette salle. Avec le recul, cette expérience m’a donné la confiance nécessaire pour mener des transformations ambitieuses. Aujourd’hui, le défi consiste à aider les banques à offrir le même niveau de simplicité, de rapidité et de transparence que celui auquel les clients sont habitués dans tous les autres services numériques.