L’informatique quantique est d’ores et déjà expérimentée par certains établissements financiers pour répondre à des défis computationnels complexes.
- Il se révèle plus efficace pour générer des distributions de probabilité, analyser de vastes ensembles de données et tester de multiples scénarios.
- L’intérêt pour les technologies quantiques s’accélère, ce qui marque le passage de la recherche à la maturité commerciale.
- Des études montrent qu’elle aura des « implications profondes » dans des domaines clés de la finance, notamment l’optimisation de processus complexes et le renforcement de la sécurité.
L’informatique quantique s’impose rapidement comme une technologie susceptible de révolutionner un secteur financier de plus en plus complexe et axé sur les données. De l’optimisation de portefeuilles et de la modélisation des risques à l’amélioration de la cybersécurité et à la prise de décision plus rapide, les institutions financières explorent cette technologie pour relever des défis computationnels qui poussent les systèmes informatiques traditionnels à leurs limites.
L’intérêt pour cette technologie s’accélère. Les investissements mondiaux dans l’informatique quantique ont dépassé 1,25 milliard de dollars américains au premier trimestre 2025, selon les données de la plateforme d’intelligence de The Quantum Insider. Le marché devrait croître rapidement au cours de la prochaine décennie, signalant un passage de la recherche à la maturité commerciale. Par ailleurs, un rapport de McKinsey & Company indique que l’informatique quantique aura des « implications profondes » dans trois domaines clés du secteur financier : l’optimisation des processus financiers complexes, le renforcement des capacités d’apprentissage automatique et la sécurisation des communications.
Dans les services financiers, cette « technologie émergente » calcule de manière plus efficace lorsqu’il s’agit de générer des distributions de probabilité, d’analyser des données, de tester des scénarios et d’effectuer des itérations, selon un rapport d’IBM.
« L’application des technologies quantiques émergentes aux problèmes financiers, en particulier ceux liés à l’incertitude et à l’optimisation sous contraintes, devrait s’avérer considérablement avantageuse pour les premiers adoptants », affirme IBM.
« Imaginez pouvoir effectuer des calculs qui révèlent des possibilités d’arbitrage dynamique que vos concurrents sont incapables de déceler. Au-delà, une meilleure conformité, l’exploitation des données comportementales pour améliorer l’engagement client et une réactivité accrue aux fluctuations du marché font partie des bénéfices spécifiques que nous attendons de l’informatique quantique », ajoute l’entreprise.

L’informatique quantique en bref
Contrairement aux systèmes informatiques traditionnels, qui utilisent un système binaire représentant soit un zéro, soit un un, les ordinateurs quantiques utilisent des bits quantiques, ou qubits. Cela signifie que les ordinateurs quantiques peuvent explorer simultanément un spectre beaucoup plus large de résultats potentiels, un atout particulièrement utile pour les problèmes complexes à haute dimensionnalité.
L’informatique quantique est plus efficace pour générer des distributions de probabilité, cartographier de vastes ensembles de données, tester de multiples scénarios et explorer un très grand nombre de combinaisons, des tâches de plus en plus courantes dans la modélisation et l’optimisation financières.
Selon IBM, l’espace de solutions d’un ordinateur quantique est « de plusieurs ordres de grandeur plus grand » que celui des ordinateurs traditionnels. Cela confère aux ordinateurs quantiques un avantage considérable, selon l’entreprise, d’autant plus que la puissance de la technologie double à chaque qubit ajouté.
L’informatique quantique dans la finance aujourd’hui
Les grandes institutions financières et les fournisseurs de technologies expérimentent déjà l’informatique quantique en la combinant avec des systèmes traditionnels, dans le but d’améliorer les performances pour des tâches spécifiques. Parmi celles-ci figure l’optimisation de portefeuilles, un domaine dans lequel les résultats possibles peuvent dépasser les capacités de l’informatique traditionnelle. Dans ce contexte, les techniques quantiques permettent d’évaluer simultanément plusieurs scénarios, avec à la clé des gains potentiels en vitesse de calcul et précision des résultats.
En septembre 2025, le géant bancaire mondial HSBC, en partenariat avec IBM, a démontré le premier exemple connu au monde de trading algorithmique assisté par l’informatique quantique.
Selon HSBC, l’expérience a permis d’améliorer de 34 % capacité à prédire la probabilité qu’une transaction soit exécutée au prix proposé, par rapport aux techniques de calcul classiques de référence du secteur.
« C’est une première mondiale révolutionnaire dans le domaine du trading obligataire », a déclaré Philip Intallura, responsable des technologies quantiques du groupe HSBC. « Nous disposons désormais d’un exemple concret de la manière dont les ordinateurs quantiques actuels pourraient résoudre à grande échelle un problème réel et offrir un avantage concurrentiel, qui ne fera que s’accentuer à mesure que les ordinateurs quantiques progresseront. »
Si des projets tels que celui d’HSBC et d’IBM demeurent expérimentaux, ils donnent un aperçu de la manière dont l’informatique quantique peut apporter une valeur pratique au secteur financier, en améliorant à terme les systèmes et outils analytiques existants.

Cas d’usage de l’informatique quantique
SpinQ Technology recense plusieurs cas d’usage qui suscitent l’intérêt dans le monde de la finance, principalement parce qu’ils impliquent des calculs complexes difficiles à résoudre efficacement sur des systèmes classiques.
- Optimisation de portefeuilles : L’exemple le plus souvent cité est sans doute l’optimisation de portefeuilles, qui nécessite généralement d’évaluer un très grand nombre de combinaisons d’actifs. L’informatique quantique permet d’explorer celles-ci plus efficacement, ce qui pourrait améliorer la diversification et les rendements ajustés au risque pour les investisseurs.
- Modélisation des risques et analyse de scénarios : Les institutions financières évaluent couramment des milliers de scénarios pour comprendre leur exposition aux risques. La capacité de l’informatique quantique à évaluer de nombreux résultats pourrait améliorer les tests de résistance dans le domaine financier et accroître la rapidité et la profondeur de l’analyse des risques.
- Négociation et simulation de marché : Des techniques quantiques sont déjà testées pour améliorer l’exécution des transactions, la modélisation de la liquidité et la découverte des prix. Leur atout : analyser des dynamiques de marché complexes et de multiples scénarios probables, le tout plus efficacement que les modèles traditionnels.
- Détection des fraudes et sécurité : Encore à ses débuts, l’informatique quantique pourrait à terme faciliter une détection plus rapide des anomalies et des activités suspectes dans les systèmes financiers.
Selon un rapport du Forum économique mondial (FEM), les cas d’usage cités ci-dessus s’inscrivent dans trois domaines clés :
- Informatique quantique : Modélisation des risques plus précise, détection des fraudes et optimisation de portefeuilles.
- Sécurité et communications quantiques : Des formes de chiffrement théoriquement inviolables, grâce à des méthodes telles que la distribution quantique de clés (QKD) et la génération quantique de nombres aléatoires (QRNG).
- Capteurs quantiques : Des capacités de mesure précises susceptibles d’être utilisées pour renforcer la synchronisation des algorithmes de négociation à haute fréquence (HFT).
« Bien qu’encore naissants, les deux premiers domaines offrent les meilleures opportunités pour le secteur des services financiers, même si davantage devra être fait pour les développer à grande échelle », note le FEM.
« Pour tirer une valeur significative des technologies quantiques, les institutions financières devront aller au-delà des phases d’expérimentation et de pilotage », ajoute-t-il.
Implications en matière de sécurité et de cryptographie
L’impact de l’informatique quantique sur la sécurité des services financiers est à double tranchant : elle menace les fondements des systèmes cryptographiques actuels, tout en ouvrant la voie à des solutions de sécurité quantique. Les méthodes de chiffrement financières actuelles reposent sur des problèmes mathématiques que les ordinateurs classiques ne peuvent pas résoudre efficacement. Cependant, de puissants ordinateurs quantiques pourraient un jour briser ces protections, exposant des données sensibles et des infrastructures critiques.
Toutefois, les technologies quantiques telles que la cryptographie post-quantique (PQC), la QKD et la QRNG offrent de nouvelles façons de sécuriser les communications et transactions financières contre les menaces actuelles et futures.
Selon un rapport de McKinsey & Company, la PQC et la QKD sont les principales approches pour rendre les données résistantes aux attaques quantiques.
« Les algorithmes PQC sont des algorithmes classiques résistants aux attaques quantiques, reposant sur des problèmes cryptographiques difficiles à résoudre sur le plan computationnel », précise l’entreprise. « La QKD utilise les propriétés quantiques pour établir un canal de communication sécurisé entre deux parties. Toute tentative d’écoute ou d’interception de l’échange de clés de chiffrement serait détectée, ce qui entraînerait la suppression des clés secrètes », ajoute-t-elle.
Défis liés à l’adoption
À ce stade, l’adoption de cette technologie est limitée par des obstacles techniques et pratiques. L’accès au matériel est restreint et les compétences spécialisées sont difficiles à trouver, principalement parce que la technologie continue d’évoluer.
Bien que les premiers essais aient été prometteurs, le FEM souligne dans son livre blanc que six axes fondamentaux doivent être priorisés, avant que l’informatique quantique puisse déployer tout son potentiel dans la finance :
- la recherche et le développement ;
- l’activation de l’infrastructure ;
- la collaboration public-privé ;
- le soutien à l’entrepreneuriat ;
- l’éducation et le développement des compétences ;
- et le déploiement responsable de la technologie.
Si l’informatique quantique n’est pas encore prête pour un usage commercial à grande échelle, son potentiel redessine déjà la stratégie des acteurs financiers. Face à la complexité croissante des marchés, des risques et de la sécurité, elle promet de résoudre ce que les systèmes classiques ne peuvent plus. Avant d’atteindre son plein potentiel et pour être exploitée en toute sécurité, cette technologie exige d’être testée et maîtrisée, ouvrant la voie à une nouvelle ère de la finance.
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Questions-réponses : l’informatique quantique dans la finance
L’informatique quantique est-elle utilisée dans la finance grand public aujourd’hui ? + –
Non, la technologie est encore à l’état de projets pilotes et d’initiatives de recherche, comme le partenariat entre HSBC et IBM.
Quels défis l’informatique quantique aide-t-elle à résoudre dans la finance ? + –
Selon les études, elle montre un fort potentiel dans des domaines nécessitant des processus de calcul complexes, tels que l’optimisation des portefeuilles d’investissement, la modélisation des risques et l’amélioration de la cybersécurité.
L’informatique quantique va-t-elle remplacer les systèmes informatiques classiques dans la finance ? + –
Actuellement, les projets pilotes combinent les technologies quantiques avec les ordinateurs classiques afin de tester comment les performances peuvent être améliorées pour certaines tâches spécifiques.
Quelle est la taille du marché de l’informatique quantique ? + –
Au premier trimestre 2025, le secteur était valorisé à plus de 1,25 milliard de dollars américains. Il devrait croître rapidement au cours de la prochaine décennie, à mesure qu’il approche de la maturité commerciale.
Comment le secteur financier doit-il se préparer à l’informatique quantique ? + –
Selon le FEM, le secteur devrait commencer à se préparer dès maintenant à cette technologie, notamment en matière de recherche et développement, en explorant les possibilités d’activation de l’infrastructure et en développant des programmes d’éducation et de formation professionnelle.