Dans le premier volet de cette sĂ©rie, nous avons examinĂ© l’histoire de la finance verte et les avantages que les institutions financiĂšres peuvent tirer d’une plus grande conscience Ă©cologique. Le deuxiĂšme chapitre prĂ©sente une vue globale de la finance verte, explorant les mesures prises par les principaux acteurs pour passer au vert. Nous examinons ici les rĂ©glementations et les outils dont les banques ont besoin pour faire des objectifs de durabilitĂ© une rĂ©alitĂ©.

AprĂšs la 26Ăšme confĂ©rence des Nations Unies sur le changement climatique (COP26), il est devenu de plus en plus clair que l’investissement et le financement seront essentiels si les dirigeants mondiaux veulent atteindre les objectifs de durabilitĂ©, dont beaucoup ont Ă©tĂ© mis en place lors de l’Accord de Paris de 2015.

En effet, au cours du sommet, l’Union europĂ©enne a lancĂ© un programme d’un milliard d’euros pour financer l’innovation climatique : le gouvernement britannique a annoncĂ© que des institutions financiĂšres reprĂ©sentant 40 % du capital mondial avaient signĂ© un engagement en faveur de l’objectif « zĂ©ro Ă©mission nette en 2050 Â» ; et 1,7 milliard de dollars ont Ă©tĂ© promis pour soutenir la conservation des forĂȘts et des terres indigĂšnes, pour ne citer que quelques exemples.

Pour que ces objectifs soient couronnĂ©s de succĂšs, les institutions financiĂšres (y compris les banques) joueront un rĂŽle essentiel, en fournissant le financement nĂ©cessaire Ă  la rĂ©alisation de ces objectifs. Pour ce faire, cependant, ces organisations ont besoin d’un investissement important Ă  court terme dans des logiciels de gestion de financement de projets, des interfaces de programmation d’application (Application Programming Interface – API) et des solutions d’open banking.

Débloquer une nouvelle économie

Il est clair que les banques s’engagent de plus en plus Ă  financer des projets qui favorisent l’économie verte. Par exemple, 2021 devrait ĂȘtre la premiĂšre annĂ©e de l’histoire oĂč les obligations vertes et les prĂȘts du secteur bancaire dĂ©passeront la valeur des financements Ă©quivalents dans les projets liĂ©s aux combustibles fossiles, selon Bloomberg.

Cependant, malgrĂ© cette Ă©volution significative, de nombreuses banques et institutions financiĂšres ont encore du mal Ă  mesurer le risque climatique. Une Ă©tude du CDP a rĂ©vĂ©lĂ© que seulement 25 % des 330 Ă©tablissements financiers interrogĂ©s dĂ©clarent leurs Ă©missions financĂ©es, et que 49 % d’entre eux ne rĂ©alisent aucune analyse liĂ©e au climat.

Pour ces 25 %, les Ă©missions financĂ©es dĂ©clarĂ©es sont plus de 700 fois supĂ©rieures aux Ă©missions opĂ©rationnelles dĂ©clarĂ©es. Pourtant, de nombreuses institutions se concentrent sur ce dernier plutĂŽt que sur le premier.

Il y a Ă©galement des financements alignĂ©s sur le climat Ă  prendre en compte. Pour faciliter cela, les institutions financiĂšres s’engagent Ă  aligner leurs portefeuilles sur les 17 objectifs de dĂ©veloppement durable (ODD),qui ont Ă©tĂ© convenus et adoptĂ©s par tous les États membres des Nations Unies en 2015. Le lancement de la Net-Zero Banking Alliance des Nations Unies en avril 2021 en est la preuve.

ParallÚlement, le chancelier britannique Rishi Sunak a exposé les grandes lignes des plans visant à faire de la Grande-Bretagne un centre financier net-zero (bien que les engagements ne soient pas obligatoires). Mais malgré ces exemples de progrÚs, il reste encore du chemin à parcourir pour de nombreuses banques.

Encourageant les institutions Ă  rĂ©orienter les financements vers les ODD, l’OCDE propose une approche en trois Ă©tapes :

  • Mobilisation des institutions financiĂšres, y compris des ressources telles que les banques multilatĂ©rales de dĂ©veloppement et les institutions financiĂšres de dĂ©veloppement
  • Alignement du financement et de l’investissement sur le dĂ©veloppement durable
  • Impact plus important sur la vie des gens, Ă©conomiquement, socialement et environnementalement

Pour que cette approche fonctionne, il faut agir Ă  trois niveaux : des politiques cohĂ©rentes, des normes harmonisĂ©es et des outils financiers efficaces.

Évaluer les externalitĂ©s Ă©quitablement

D’un point de vue rĂ©glementaire, les gouvernements travaillent sur un ensemble de normes concernant les activitĂ©s durables. Cela nĂ©cessite un langage commun et des dĂ©finitions claires, aidant les banques Ă  s’aligner, Ă  atteindre les objectifs mondiaux, Ă  Ă©valuer les externalitĂ©s de maniĂšre impartiale et Ă  mettre un terme Ă  l’« Ă©coblanchiment Â».

Ces rĂšgles convenues sont Ă©galement importantes d’un point de vue commercial, car elles crĂ©ent des conditions de concurrence Ă©quitables entre les banques et limitent la possibilitĂ© de financer des projets dans des pays oĂč la rĂ©glementation est laxiste ou inexistante. De plus, des politiques standardisĂ©es rĂ©duiront la possibilitĂ© que des projets soient pĂ©nalisĂ©s en raison de rĂ©glementations plus strictes.

Union européenne

Le plan d’action de l’UE comprend une sĂ©rie de rĂšglements, marquant ainsi une Ă©volution importante des promesses vers des cadres juridiques. ParallĂšlement au plan d’investissement europĂ©en Green Deal et Ă  la norme europĂ©enne sur les obligations vertes, un outil de classification a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©, dĂ©crivant les activitĂ©s Ă©conomiques Ă©cologiquement durables. Dans ce cadre, le RĂšglement sur la taxonomie a Ă©tĂ© promulguĂ© en juillet 2020, Ă©tablissant six objectifs :

  1. Atténuation du changement climatique
  2. Adaptation au changement climatique
  3. Utilisation durable et protection des ressources marines et hydriques
  4. Transition vers une économie circulaire
  5. Prévention et contrÎle de la pollution
  6. Protection et restauration de la biodiversité et des écosystÚmes

En outre, le rĂšglement Ă©nonce quatre conditions qu’une activitĂ© Ă©conomique doit respecter pour ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme alignĂ©e sur la taxonomie :

  • Contribution substantielle Ă  au moins un objectif environnemental
  • Aucun prĂ©judice significatif pour les autres objectifs environnementaux
  • Satisfaire les garanties sociales minimales
  • ConformitĂ© avec les critĂšres de filtrage technique

Les dĂ©veloppements sont en cours, avec l’approbation de principe, en avril 2021, d’un acte dĂ©lĂ©guĂ© sur les activitĂ©s durables pour les objectifs un et deux ci-dessus. Un deuxiĂšme acte dĂ©lĂ©guĂ© pour les objectifs restants est attendu en 2022.

Cette approche ambitieuse a soulevĂ© de nombreuses questions, notamment celle du traitement de l’énergie nuclĂ©aire. Exclue Ă  l’origine de la liste des activitĂ©s Ă©conomiques durables, il a depuis Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© d’ajouter l’énergie nuclĂ©aire dans un Acte dĂ©lĂ©guĂ© complĂ©mentaire du RĂšglement de l’UE sur la taxonomie, dont l’entrĂ©e en vigueur est prĂ©vue pour la fin de 2021.

Reste du monde

L’UE est Ă  l’avant-garde en matiĂšre de rĂ©glementation de la finance durable, mais d’autres pays font des progrĂšs. Par exemple, le gouvernement britannique a mis en place un groupe de travail – The Green Technical Advisory Group (GTAG) – pour aider Ă  crĂ©er une taxonomie. De son cĂŽtĂ©, la Financial Conduct Authority (FCA) a une stratĂ©gie environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) basĂ©e sur cinq thĂšmes : transparence, confiance, outils, transition et Ă©quipe.

Aux États-Unis, la loi sur l’amĂ©lioration de la gouvernance des entreprises et la protection des investisseurs a Ă©tĂ© adoptĂ©e de justesse par la Chambre des reprĂ©sentants en juin 2021. Il s’agit de la Loi sur la simplification de la divulgation des facteurs ESG et de la Loi sur la divulgation des risques climatiques, qui obligent les Ă©metteurs de titres Ă  divulguer chaque annĂ©e certains paramĂštres liĂ©s au dĂ©veloppement durable.

Les marchĂ©s d’Asie-Pacifique (APAC) suivent Ă©galement le mouvement, avec des initiatives au Japon, Ă  Singapour, en Malaisie, en ThaĂŻlande, au Vietnam, aux Philippines et Ă  Hong Kong.

La nĂ©cessitĂ© de disposer d’un logiciel efficace de gestion des financements de projets

Outre les politiques et les externalitĂ©s, les obligations de dĂ©claration associĂ©es aux rĂ©glementations en matiĂšre de finance verte constituent une autre considĂ©ration pour les banques et les institutions financiĂšres. Avec des rĂ©glementations en constante Ă©volution et des donnĂ©es de reporting qui diffĂšrent selon le type d’actif et le pays, les organisations auront besoin d’un logiciel de financement de projet solide, robuste et agile pour prendre en charge les diffĂ©rentes exigences, ainsi que pour s’adapter aux rĂ©glementations qui Ă©voluent et se dĂ©veloppent au fil du temps.

Il y a aussi la question de la mesure des externalitĂ©s et des progrĂšs environnementaux tout au long du cycle de vie des projets. Les organisations qui souhaitent mettre en place des stratĂ©gies de financement respectueuses de l’environnement n’auront pas seulement besoin d’un logiciel permettant d’exĂ©cuter les principaux processus de financement de projets, mais aussi d’un logiciel capable de mesurer les progrĂšs et l’impact environnementaux de ces stratĂ©gies.

Comme le paysage Ă©volue et continuera d’évoluer, la meilleure façon d’y parvenir est de recourir aux API et aux solutions de l’open banking. Par exemple, l’outil PACTA (Paris Agreement Capital Transitions Assessment) pour les banques est un outil open source utilisĂ© par BNP Paribas et d’autres banques internationales, qui leur permet de mesurer l’alignement de leurs portefeuilles financiers sur les scĂ©narios climatiques.

LĂ  encore, en disposant d’un logiciel agile qu’elles peuvent brancher sur ces sources ouvertes, les banques et les institutions financiĂšres peuvent mieux mesurer l’alignement de leurs portefeuilles financiers sur leurs initiatives de financement Ă©cologique.

Gérer les piÚces mobiles

Les investissements et les objectifs environnementaux ne s’excluent pas mutuellement. Pour rĂ©aliser ces deux objectifs, les banques jouent un rĂŽle central, en fournissant des fonds pour les projets liĂ©s aux ODD et en Ă©valuant les externalitĂ©s. Pour pouvoir remplir efficacement ces fonctions essentielles, les institutions financiĂšres doivent s’aligner davantage sur le climat.

Des rĂ©glementations bien dĂ©finies et des procĂ©dures de reporting normalisĂ©es entrent en jeu pour faciliter cela. Dans le mĂȘme temps, des logiciels de gestion des financements de projets, des API et des solutions d’open banking efficaces permettent de rassembler les piĂšces en mouvement du puzzle et de les intĂ©grer de maniĂšre transparente.

Zied Bach Hamba

Commercial Lending Product Manager

Sopra Banking Software